Vernissage le 7 juin à partir de 18h

 

Une proposition d'Elvire Bonduelle

 

Avec 

 

Elvire Bonduelle

Julien Berthier

Baptiste Debombourg

Camila Oliveira Fairclough

Bertrand Planes  

 

Les conditions dans lesquelles on voit les œuvres sont lamentables. Les expositions sont très fréquentées, et parfois par des imbéciles. On ne peut que rester debout et regarder, en général avec quelqu'un d'autre. Il n'y a pas d'espace, pas d'intimité, nulle part où s'asseoir ou se coucher, on ne peut ni boire, ni manger, ni penser, ni vivre. Ce n'est qu'une présentation. Ce n'est que de l'information.

 

Écrits 1963-1990, Donald Judd, 1991, Édition Daniel Lelong.

 

La pratique d'Elvire Bonduelle se concentre sur la quête du bonheur, vaste thème qu'elle explore depuis ses débuts. Sans support à priori, elle navigue le plus souvent entre objets, dessins et vidéos. Elle a réalisé récemment Le meilleur Monde, un numéro spécial du quotidien Le Monde, fait uniquement de bonnes nouvelles récoltées dans le journal qu’elle a soigneusement passé en revue pendant un peu plus de trois mois.

« Voilà quelques années que je m'intéresse aux salles d'attentes comme parenthèses spatio-temporelles propices à la contemplation. Patientant chez mon dentiste, confortablement assise en face d'une toile, je la considérais au premier abord comme une « croûte ». L'attente s'éternisant, je contemplais la toile, au début très passivement mais petit à petit un certain dialogue s'instaura, et elle finit par beaucoup me plaire. Le temps et ma disponibilité d'esprit avaient permis cette expérience esthétique inattendue. Une seconde expérience m'amena à vouloir désirer voir les œuvres d'art dans de meilleures conditions. Lors d’un voyage pour visiter l'exposition d'un peintre adoré dont je n'avais jamais vu le travail qu'en reproductions. Arrivée au musée, la foule, le bruit, le manque de recul et d'assises m'empêchèrent de voir les œuvres. Très déçue, je me consolais alors en dévorant le catalogue, confortablement installée dans mon train de retour».

 

Ainsi est né le projet SALLE D'ATTENTE, l'envie de proposer de meilleures conditions pour voir les œuvres et renouveler ainsi la qualité de nos expériences sensibles et esthétiques.

 

Chez NEW Immanence, dont l'atmosphère est déjà toute indiquée avec ses poignées en laiton, ses rideaux à lames verticales et son paillasson encastré, un ensemble d'œuvres sont mises en relation pour un accrochage « en salle d'attente ». Les peintures de Camila Oliveira Fairclough se réfèrent à des codes visuels reconnaissables, mettant en tension le visible et le lisible au delà de l'apparente immédiateté de leur approche. Césium, miroir hypnotique de Baptiste Debombourg, reflète une image parcellaire et éclatée de l'espace qui s'en trouve comme « psychédélisé ». L'horloge souriante « 10h10 » de Bertrand Planes défie les esprits trop rationnels et pressés tout comme l'étonnante plante verte de Julien Berthier dont l'apparence prête à confusion. WOOD IS GOOD, retable iconoclaste d'Elvire Bonduelle, brouille les frontières disciplinaires et semble inviter à s'asseoir dessus. Sur la table basse, quelques nouvelles défraichies de cette dernière et la vraie-fausse revue LOG, entièrement consacrée au travail de Sammy Engramer, achèvent de filer la métaphore de la salle d'attente.

 

Dans un second temps, et un autre espace,  MÉMOIRE VIDE : Elvire Bonduelle présente Bibliothèque de ma mémoire vide, structure en bois inspirée de ces meubles sur mesure sortis de leur contexte qui parfois jonchent les rues parmi d'autres encombrants. Des objets spécifiques, esseulés sur le trottoir, pour lesquels l'artiste éprouve une certaine tendresse : conçus pour se loger sous un escalier, derrière une porte, dans tel ou tel autre recoin, ils témoignent en creux d'une réalité domestique pleine de problématiques pratiques. 

 

 

Le standard opposé au sur-mesure, les normes, le conformisme, le moule opposés au fait-main, à l'artisanal et au spécifique sont des sujets récurrents dans le travail d'Elvire Bonduelle qui se situe souvent à la frontière du design et dialogue avec l'architecture. Telle une bibliothèque sur-mesure sortie de son contexte, Bibliothèque de ma mémoire vide s'impose dans l'espace, monumentale et légère. Elle est vide, désespérément vide à en croire l'artiste. Sa structure graphique et linéaire offre au regard plus de vides que de pleins. Une ouverture, dédoublée, substitue à l'habituelle promenade mentale d'une œuvre une réelle déambulation, non seulement autour mais dans l'œuvre. On y entre par la porte, comme dans une maison. C'est à la fois un meuble, une architecture et un paysage, une image. Mais la promenade est bien solitaire, pour qui aime parcourir les bibliothèques des gens afin de s'en faire un portrait. Elvire Bonduelle chercherait-elle à dénoncer la vanité avec laquelle parfois nous affichons nos références comme des trophées ? On se souvient des Fauteuils pour livres de poche, créés en 2005, qui pointaient déjà l'autorité de la culture et le respect quasi sacré qui lui semble dû. A tort certainement !

 

Au mur sont présentés quelques dessins extraits de la série Les dessins à la règle. C'est le pendant récréatif du travail d'Elvire Bonduelle, fruit d'une pratique spécifique du dessin faisant usage de toutes sortes de règles et lettrines qui guident son trait. Ils témoignent d'un certain laisser-aller des habitudes de travail de l'artiste, et donnent lieu à de joyeuses divagations reflétant ses préoccupations coutumières. 

 

 

http://www.art-immanence.org 

http://www.patriciadorfmann.com