TRÊVE

 

 

                                                                                                                                                                                                             Rêve d’une ère sans guerre.

Jour où les guerres cesseront.

 

 

 

Le jour où les guerres cesseront, les champs se recueilleront sur la poussière des hommes effondrés. 

Alors chanteront les œillets,

Le trèfle

La cigale et la fourmi. 

 

 

 

Le seul triomphe de l’Arc est de ne pas percer le cœur… Et la performance d’Ulay et Marina Abramovic en 1980, « Rest energy », en témoigne. 

 

 

 

                                                                                                           L’art, 

d’un certain « triomphe » de l’amour sur le pouvoir. Les sujets sont une femme et un homme qui répartissant leur force tendent l’arc sans jamais que l’un n’use de son pouvoir de mort sur l’autre, de son anecdotique et éphémère position de supériorité.  

 

Les artistes, parce qu’ils sont des hommes et, qu’ils vivent, analysent, réagissent, créent en honorant leur nature première demeurent les héros véritables. Nul besoin de médaille, c’est le devoir essentiel de tout être qui s’attèle à sa vie comme à une œuvre. Ralph Waldo Emerson écrivit : « N’allez pas là où le chemin peut mener. Allez là où il n’y a pas de chemin et laissez une trace »…

 

Pourquoi ce recours aux pierres monumentales pour servir un discours dépourvu d’humanité ? Où est la vie ? Où sont les hommes ?  Où peuvent s’épanouir la non-violence et ses cavaliers bleus ?  Les pieds au sol, les grands esprits-chercheurs auraient omis la fin ?  La vie-même…

 

 

Il ne faut pas s’évanouir.

Tant que le soleil ne s’évanouit pas,

Tant que la terre poursuit sa ronde, 

Il nous faut nous épanouir, 

Fleurs héliocentriques que nous sommes.

 

 

 

 

Où sont nos RÊVES ?

 

 

J’ai rencontré un visiteur - c’est ainsi qu’il se définissait - lors d’une soirée de vernissage d’exposition et, observant mes bagues, il vint vers moi : « Savez-vous, Mademoiselle, que les mains sont le prolongement de l’âme ? ».

 

 

Baptiste Debombourg présente une série de dessins d’armes sans aucune autre couleur que le cerne d’une structure froide, précise, faisant s’interpénétrer l’humain par la fragilité du coup de crayon à main levée et le non-humain lisible dans l’ « âme » destructrice de l’objet, du penseur de l’objet, de ses acheteurs et revendeurs, de ses utilisateurs qu’ils soient des individus particuliers ou bien liés à des gouvernements ou autres groupes. L’artiste trouve pour chaque arme, inscrite dans un jeu de commercialisation et de contrebande et, participant de la fierté des dirigeants du pays inventeur et fabricant, une institution architecturant symboliquement l’intérieur des différents canons, gâchettes et viseurs.  Selon sa particularité et sa prouesse tueuses, chaque arme répond à des usages précis : assassiner en rafales, éteindre sans bruit… Cet acte simple du dessin sur toile blanche transpose tout à la fois  l’image enfantine d’un fantasme familier pour le moins étrange : jouer au soldat avec des pistolets en plastiques ou virtuellement sur écran etc… ainsi que le vocabulaire filmique s’appauvrissant en scénarios du « Bien » en croisade contre le « Mal » et où l’on nous fait croire que l’ultime et unique issue réside dans la mort de l’autre, dans l’anéantissement de l’altérité et par là même de la différence… Baptiste fait apparaître les barreaux de notre réalité : l’humanité est prisonnière du désir de guerre d’une poignée d’hommes qui la composent…Ainsi l’on n’a pas de difficultés à reconnaître les plans qui organisent chaque « marchandise », ce peut être une Ecole avec son amphithéâtre, une Eglise dans un silencieux, des bureaux ou dortoirs avec leur toilettes à la turque, leurs salles de bain… Ces instruments sont de drôles de prothèses comparées aux prolongements corporels poétiques de Rebecca Horn dans les années 70 à travers lesquels la vie sublimée devenait le socle de métamorphoses : l’homme se transformait en oiseau, la femme-paonne déroulait donc sa tunique de longues plumes blanches et l’illusion opérait, prête à prendre son envol vers d’autres cieux. Sont-ils, ces outils d’un meurtre de masse populaire ou élitiste, l’œuvre d’hommes qui pensent  la vie ? qui aiment ? qui chantent ? dansent ? Sont-ce ceux là qui crient aux enfants-soldats : « Bon voyage Pétit Minitaire, tu entends ? Faut pas oublier, la guerre c’est la guerre. »* ?

 

 

Continuerons-nous encore longtemps à RÊVER ainsi le monde, la vie des hommes :

« Tu crois vraiment que je suis un génocideur ?

 

 

-Tout le monde l’est ! Des enfants ont tué des enfants, des prêtres ont tué des prêtres, des femmes enceintes ont tué des femmes enceintes, des mendiants ont tué d’autres mendiants, etc. Il n’y a plus d’innocents ici. » **

 

 

Combien de masques de chairs rompues et de miroirs fragmentés faudra-t-il composer pour que le massacre cesse, que les égos censurent d’eux-mêmes leurs excès ? 

Baptiste Debombourg produit une œuvre, une unité protéiforme qui à chaque détour développe en suggestions subtiles les versants de notre démesure. Ecrire sur son travail revient à convoquer d’autres chercheurs et créer avec eux le langage le plus juste, le plus innocent possible. Sinon, c’est le monde et le « combat » qu’il impose qu’il conviendrait de quitter. Et si… 

 Demain le soleil se lève toujours, 

 Quels seront nos désirs ? …

 

 

 

Anaïs Delmas, 13 novembre 2011

*Ken Saro-Wiwa, Sozaboy (Pétit Minitaire), roman écrit en « anglais pourri » (Nigeria), p.145

** Tierno Monénembo, L’aîné des orphelins, p. 41