magazine n°1 / sport de culture sur le terrain
été 2011

Le « Traine-cul surprise » serait-il un véhicule politiquement incorrect ? 

 

Le handicap est-il une honte ? Et bien dans le monde automobile, on vous répondra que oui ! Qu’il est scandaleux de laisser circuler des voitures amputées de leur train arrière au point de pousser les amateurs de « Traine-cul surprise » à concourir en marge de la société sportive motorisée, tels des clandestins automobiles. 

 

Le « TCS », un concept sorti tout droit d’un film 

 

C’est au cours des années soixante que Rémy Julienne, Gil Delamare (Gilbert Yves de la Mare de Villenaise de Chenevarin), cascadeurs, et Germain Tison, technicien du cinéma, travaillent à la construction de voitures particulières pour les besoins du septième art. La séquence est maintenant connue de tous : au cours d’une poursuite de voitures, un accident ampute la partie arrière de l’un des véhicules qui, malgré le choc, continue sa course à l’aide des deux roues avant de l’appareil. Louis de Funès, Bourvil et Belmondo s’illustreront dans cette cascade automobile. 

 

La demi-voiture fait donc son entrée en 1966 avec Opération San Gennaro de Dino Risi, puis deux ans plus tard avec Le Cerveau de Gérard Oury qui inaugure avec une DS Citroën, le procédé de la voiture coupée en deux qui continue de rouler. La réussite de ce type d’effet motive ainsi d’autres réalisateurs à réutiliser cette formule jusqu’à John Glenn qui, avec Dangereusement vôtre (1985), place James Bond en personne au commandes d’une Renault-11 amputée. 

 

Quelques années plus tard, Germain Tison dépose un brevet pour l’invention de la demi-voiture sous le nom de « Traine-Cul Surprise ». Il accompagne son concept automobile d’un cahier des charges précises en vue d’organiser des compétitions de demi-voitures. 

 

Les premières courses ont lieu à Seignelay sous la direction de Germain Tison qui voit très vite son invention gagner le coeur d’apprentis mécaniciens-pilotes. Ces passionnés créent alors leurs propres associations et organisent un championnat inter-régional de demi- voitures. 

 

Le T.C.S. : un sport automobile ? 

 

Les courses de T.C.S. existent depuis environ une dizaine d’années. Elles sont organisées par les clubs départementaux de l’Yonne (89) du Loiret (45), de la Seine et Marne (77), de la Dordogne (24) et de l’Oise (60). 

 

L’originalité de ce sport tient en premier lieu à la particularité du véhicule. Les demi-voitures sont préparées par des amateurs qui récupèrent d’anciens véhicules et les transforment. La partie arrière de l’automobile est amputée au niveau du siège du conducteur, tandis que, sur l’axe de la coupure, des roues de chariot sont soudées en guise train arrière. Ces demi-voitures sont donc des véhicules qui fonctionnentuniquement en traction-avant. Chaque véhicule a son lot de particularités, son moteur,ses systèmes mécaniques propres (injection, turbo, etc…), et ses décorations. Pour des raisons de sécurité et d’économie, la puissance des véhicules est limitée à sept chevaux fiscaux. Aujourd’hui, le parc national auto du TCS compte plus de 300 véhicules. 

 

Le pilotage d’une demi-voiture s’apparente à de la conduite sur neige : la mauvaise tenue de route entraîne des dérapages et quelquefois même une perte de contrôle du véhicule. L’absence d’équilibre de l’appareil favorise donc les cascades, les tonneaux et les accidents. Néanmoins, toutes les compétitions sont rigoureusement encadrées par un directeur de course et des commissaires de piste. Pompiers et médecins sont présents afin de pouvoir assurer, en cas d’urgence, les interventions de secours.

 

Les rassemblements de clubs sont l’occasion de courses-spectacles ouvertes au public dans chaque département. Les pilotes participent tout au long de l’année à un championnat interrégional. Cette compétition se divise en plusieurs manches qui ont lieu toutes les deux semaines. Les courses se déroulent sur des circuits de terre damée, aménagés dans des champs agricoles. Le TCS reprend les règles traditionnelles de la compétition automobile : essais libres, qualifications, courses et remises officielles des prix. Les véhicules concourent par groupes de dix et sont limités en vitesse par la configuration du circuit. Les financements du championnat proviennent en grande partie des amateurs eux-mêmes, mais aussi des associations qui les réunissent. La participation à la compétition est simple, il suffit d’avoir son permis B et un véhicule construit aux dites normes. 

 

Un concept-car hors normes 

 

L’existence du TCS pose problème et suscite des hostilités, à commencer par les fédérations automobiles agréées. Celles-ci ont toujours refusé catégoriquement de reconnaître l’existence des demi-voitures et encore moins leurs courses. Un organisme a cependant accepté de prendre le TCS sous sa coupe afin de lui offrir un statut législatif qui lui permette d’exister, il s’agit de la Fédération Nationale des Foyers Ruraux (FNFR)*. 

 

Officiellement, le problème se situe à un niveau purement technique : les demi-voitures comptent bien quatre roues mais ne possèdent que deux freins sur les roues avant motrices. L’invention de Germain Tison ne peut donc correspondre à aucun règlement établi pour l’automobile classique à quatre roues/quatre freins. De ce fait, et en l’absence de fédération automobile officiellement reconnue, il est quasiment impossible de légitimer toute compétition de demi-voitures bien que les organisateurs s’astreignent à respecter les normes de sécurité habituelles. Chaque manifestation soulève son lot de difficultés et d’incompréhensions de la part des organismes administratifs responsables de la sécurité (mairies, préfectures). 

 

Officieusement, c’est l’amputation arrière du véhicule qui constitue le véritable obstacle à la reconnaissance du TCS comme pratique sportive. L’existence de ces machines transformées constitue, pour certains, une forme de déshonneur appliqué à l’image de l’automobile classique. Aux yeux des puristes, la demi-voiture est une sorte d’engin handicapé qui se ridiculise autant qu’il démystifie l’une des plus grandes inventions du XXe siècle. 

 

Certaines associations ou groupes d’influence auraient même tentés à plusieurs reprises de racheter le brevet du TCS déposé par Germain Tison afin d’éradiquer ou de s’approprier les courses de demi-voitures. Celles-ci nuisent à la représentation collective et au symbole que la publicité souhaite donner de la voiture à chacun. Face aux politiques industrielles et médiatiques des grands constructeurs, la demi-voiture constitue une dérive ludique et satirique des liens entre l’homme et la machine. Par ailleurs, les courses de TCS se posent en parallèle au championnat automobile classique dont elles font ressortir – malgré elles – un certain nombre de clichés qui se retrouvent alors comme « désamorcés » par la situation. 

 

L’objectif essentiel n’est pas ici celui d’une politique sportive de concurrence acharnée mais plutôt un moyen d’envisager la course comme un moment de jeu et de partage. Le TCS représente un accès démocratique au sport automobile et au pilotage pour tous. C’est, entre autres, un formidable outil pédagogique pour la sécurité routière : les pilotes, habitués à une conduite déséquilibrée, acquièrent des réflexes de contrôle en cas de pertes d’adhérences.Le coût de fabrication d’un engin étant très peu élevé, la demi-voiture constitue une sorte de provocation au monde de l’automobile et notamment aux investissements coûteux des grands constructeurs dans les compétitions sportives de haut niveau. Parce qu’elle est un objet de récupération bon-marché, la demi-voiture critique la nature du sport automobile et les limites de notre société de consommation. 

 

De par sa nature irrévérencieuse, le TCS se voit donc aujourd’hui contraint et forcé d’exister de façon marginale. Dans le paysage du sport automobile « officiel », nulle trace de la présence du TCS et du concept de Germain Tison… 

 

• FNFR : Fédération créée en 1946 sous l’égide du ministère de l’Agriculture.

 

 

Par Baptiste Debombourg & Charlotte Feraille

 

Charlotte Feraille est rédactrice en chef du magazine On the Field

 

http://www.otfmag.com

 

 

 

 

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